L’Afrique du Nord doit se tourner vers le Sud pour ses échanges commerciaux
L’Afrique du Nord doit se tourner vers le Sud pour ses échanges commerciaux
Cette pression est particulièrement forte en Afrique du Nord. La région – qui comprend l’Algérie, l’Égypte, la Libye, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie – est depuis longtemps tributaire des cycles économiques européens. En 2023, l’Union européenne représentait 45,2 % des échanges commerciaux de l’Afrique du Nord, ce qui rend la région vulnérable à tout ralentissement de la demande européenne. Dans le même temps, l’Afrique du Nord a joué un rôle marginal dans le commerce international, ne représentant que 3,7 % du commerce mondial en 2023.
Ce moment d’incertitude représente toutefois également une opportunité stratégique pour l’Afrique du Nord de se tourner vers le sud, vers les marchés à croissance rapide de l’Afrique subsaharienne (ASS), qui ne représentent actuellement que 2,4 % du commerce total de l’Afrique du Nord. Comme je l’ai affirmé, avec d’autres, il y a près de dix ans, le renforcement des liens économiques au sein du continent pourrait modifier les trajectoires de croissance régionale.
Des progrès ont été réalisés en vue d’accroître le commerce intra-africain et le rôle de l’Afrique du Nord dans ce domaine. Le Maroc est récemment devenu le premier exportateur d’automobiles du continent, avec des ventes de 6,4 milliards de dollars en 2023. Une grande partie de ces voitures sont destinées à l’Afrique de l’Ouest, en partie grâce aux accords régionaux de libre-échange. Certains pays d’Afrique du Nord appartiennent à d’autres communautés économiques régionales, telles que le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa) et la Communauté des États sahélo-sahariens (CEN-SAD).
On s’attend à ce que l’AfCFTA stimule la croissance économique, le développement du secteur privé, l’investissement et les flux de capitaux à travers le continent. Une étude de la Banque africaine de développement (BAD), évaluant l’impact de l’Alecaf sur les économies régionales à l’aide du modèle du Projet d’analyse du commerce mondial, suggère que cela est particulièrement vrai pour l’Afrique du Nord. Dans tous les scénarios, le PIB de l’Afrique du Nord et ses composantes devraient augmenter d’ici 2031. L’intégration complète de la région avec l’ASS apporterait les gains les plus importants en termes de commerce (+5,5 %) et de PIB (+0,77 %). L’étude prévoit également que la mise en œuvre de l’Alecaf entraînera une baisse de la pauvreté et une augmentation des salaires pour les travailleurs qualifiés et non qualifiés de la région.
Cependant, compte tenu des avantages globaux, les économies nord-africaines devraient faire de la mise en œuvre de l’AfCFTA une priorité absolue. Le renforcement des flux commerciaux intra-africains favoriserait la diversification économique, la création d’emplois, l’investissement et la croissance du PIB, générant ainsi une prospérité à long terme et le développement du secteur privé en Afrique du Nord. Dans une économie mondiale qui se fracture, la solidarité régionale revêt une importance nouvelle. En s’engageant pleinement dans l’AfCFTA et en renforçant les liens avec les partenaires de l’ASS, l’Afrique du Nord peut tracer une nouvelle voie vers une croissance inclusive, résiliente et durable.
Par Audrey Verdier-Chouchane