Indice mondial de l’innovation 2025 : La Tunisie entre dans le top 80, une avancée à confirmer
Cinq rangs de mieux ! Mais derrière ce succès statistique, un défi demeure entier, celui de faire de l’innovation une force économique et sociale durable.
La Presse — Selon l’édition 2025 du Global Innovation Index (GII), publiée par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi), la Tunisie se hisse à la 76e place sur 139 pays, gagnant cinq rangs par rapport à 2024. Avec un score de 27.0, elle fait ainsi son entrée dans le top 80 des écosystèmes innovants au monde. Une avancée qui traduit un regain de dynamisme, mais qui doit être interprétée avec prudence.
Le rapport met en lumière les points forts du pays, à commencer par son capital humain. La Tunisie occupe la deuxième place mondiale pour la proportion de diplômés en sciences et en ingénierie, et la dix-septième pour la production d’articles scientifiques et techniques. Ces indicateurs montrent que le système d’enseignement supérieur, malgré ses limites, reste capable de générer du savoir et de former des compétences recherchées. L’Ompi souligne également que la Tunisie apparaît comme une économie efficace, sachant convertir des intrants limités en résultats plus élevés que prévu.
Des fragilités persistantes
Cependant, cette progression masque des faiblesses structurelles. Le pays demeure encore loin des économies leaders, et son score global reste relativement modeste. L’environnement réglementaire reste complexe, l’accès au financement demeure difficile pour les start-up et les petites entreprises, et la recherche scientifique peine à se traduire en innovations commercialisables.
La propriété intellectuelle, quant à elle, n’est pas suffisamment valorisée, ce qui freine la création de valeur. En somme, la Tunisie produit de la connaissance mais peine à la transformer en croissance économique. Faut-il dès lors se réjouir ou se décourager? L’avancée de la Tunisie dans le classement est sans doute un motif de satisfaction, car elle prouve que notre pays n’est pas à l’écart des grandes tendances mondiales.
Mais elle ne doit pas masquer l’urgence de réformes structurelles. Pour transformer cette amélioration ponctuelle en véritable dynamique, la Tunisie doit renforcer les passerelles entre universités et entreprises, simplifier les mécanismes de financement, protéger davantage la propriété intellectuelle et créer un environnement favorable à la créativité et à la prise de risque.
Une opportunité à saisir
Le rapport de l’Ompi rappelle que les systèmes d’innovation sont à un tournant, entre percées spectaculaires en intelligence artificielle ou en informatique quantique et ralentissement des investissements. Dans ce contexte, la Tunisie dispose d’une carte à jouer. Elle peut capitaliser sur ses acquis scientifiques pour devenir un pôle d’innovation régional, à condition de transformer ses atouts académiques en moteur économique.
Ce n’est qu’à cette condition que le gain de cinq places au classement cessera d’être un simple frémissement pour devenir le point de départ d’une trajectoire durable.
Des trajectoires divergentes
La Tunisie, classée 76e mondiale en 2025 selon le Global Innovation Index, se situe dans une position intermédiaire parmi les économies émergentes. Des pays voisins, tels que l’Égypte (86e), le Sénégal (89e), le Maroc (57e) et la Namibie (91e), présentent des trajectoires variées qui mettent en lumière l’impact des politiques publiques sur l’innovation.
Ces avancées sont souvent le résultat de réformes ciblées. Le Maroc, par exemple, a renforcé ses investissements en recherche et développement (R&D) et amélioré son environnement des affaires pour stimuler l’innovation. La Namibie a, quant à elle, mis en place des politiques favorables à l’entrepreneuriat et investi dans la formation de sa main-d’œuvre afin de soutenir l’innovation locale.
En revanche, la Tunisie, malgré ses atouts en capital humain et en production scientifique, peine encore à transformer ces forces en résultats concrets. Les investissements en R&D restent insuffisants et l’écosystème entrepreneurial manque de soutien structurel. Pour combler cet écart, la Tunisie pourrait s’inspirer des stratégies de ses voisins : renforcer les partenariats public-privé, améliorer l’accès au financement pour les start-up et investir dans la formation continue pour mieux adapter ses ressources humaines aux besoins du marché de l’innovation.
Transformer l’essai
En définitive, le véritable enjeu pour notre pays ne se limite pas à grimper dans les classements, mais à inscrire l’innovation au cœur de son projet de développement. Trop souvent, les jeunes talents formés au prix fort quittent le pays, attirés par de meilleures perspectives à l’étranger, privant la nation d’un potentiel considérable.
Pour inverser cette tendance, il ne suffit pas de compter sur le capital humain existant. Il faut bâtir un écosystème où chercheurs, entrepreneurs et investisseurs se rencontrent, collaborent et trouvent de réelles incitations à rester et créer de la valeur localement. Cela suppose de renforcer les incubateurs, d’encourager les partenariats public-privé et d’ouvrir davantage les marchés aux start-up tunisiennes.
Seule une telle mobilisation permettra de transformer les cinq rangs gagnés cette année, l’entrée dans le top 80 et le solide positionnement du pays en sciences et ingénierie, en forces tangibles. Les bons classements dont la Tunisie est gratifiée ne doivent pas rester de simples trophées sur le papier, ils doivent devenir des leviers concrets pour faire naître des entreprises innovantes, créer des emplois et inscrire l’innovation au cœur du développement économique et social.